Que sont les Chaires Chip et quelle mission leur a été confiée ?
Les Chaires Chip sont des aides destinées à créer des chaires université-entreprise consacrées à la recherche, à la diffusion des connaissances et à la formation en microélectronique. Annoncé par le gouvernement espagnol dans le cadre du PERTE Chip et financé par les fonds européens de relance, le programme a fixé un budget de 80 millions d’euros pour la période 2023-2027 et l’objectif de former au moins 1 000 étudiants à des compétences spécialisées. (Sources : Ministère de l’Économie ; Plan de relance).
Les domaines prévus couvrent la conception de circuits microélectroniques, les essais et le conditionnement de composants, les nouveaux matériaux et dispositifs, ainsi que les procédés technologiques. La mission associe formation et R&D, mais cela ne signifie pas que chaque chaire doit fabriquer une puce commerciale ni que ses résultats doivent nécessairement aboutir à la production. L’appel définit des objectifs et des champs de travail ; à lui seul, il ne prouve pas l’existence de résultats industriels concrets.
Il convient de distinguer trois niveaux souvent confondus : l’activité universitaire — cours, ateliers et publications, par exemple —, la collaboration avec des entreprises — accords ou projets communs, entre autres — et le transfert industriel démontrable par la validation, l’adoption ou la production. L’existence d’une chaire atteste une activité institutionnelle, pas l’arrivée d’un prototype sur le marché. Pour mesurer cette dernière étape, il faudrait des résultats, des dates et des partenaires identifiables, éléments que les sources disponibles ne réunissent pas pour l’ensemble du réseau.
Un réseau de 17 chaires, avec des exemples précis mais sans inventaire exhaustif
L’Université de Malaga présente Malaga Microelectronics comme membre du réseau national des 17 Chaires Chip. Parmi les activités documentées figure l’atelier scientifique et technique NanoIC Pilot Line Workshop, organisé avec Imec et l’initiative NanoIC Pilot Line. Selon l’université, chercheurs, professionnels de l’industrie et étudiants de troisième cycle y ont participé. Cela atteste la tenue d’une rencontre et la mise en relation d’acteurs ; cela ne prouve pas en soi l’existence d’un prototype validé ni un transfert vers la production. (Université de Malaga).
La Chaire Chip Cantabria (C3), à l’Université de Cantabrie, constitue un autre exemple assorti d’informations institutionnelles sur son fonctionnement. Sa page décrit une expérience en conception, vérification et test de circuits intégrés numériques, mixtes et micro-ondes, ainsi que d’architectures de processeurs comme RISC-V. Elle désigne également ACORDE comme entreprise sponsor et mentionne des secteurs d’activité complémentaires, notamment la radiofréquence et l’Internet des objets. (Chaire Chip Cantabria).
Ces cas illustrent deux formes de relations : des activités d’échange technologique, d’une part, et une chaire parrainée par une entreprise, dont les axes de travail sont proches de son domaine d’activité, d’autre part. Ils ne suffisent toutefois ni à dresser la carte des 17 initiatives ni à leur attribuer un portefeuille homogène de projets. Les sources consultées confirment le nombre total et décrivent des exemples, mais ne fournissent pas d’inventaire complet, comparable et actualisé de toutes les chaires et de leurs résultats.
Quelles preuves existe-t-il d’un transfert effectif ?
Les informations publiques examinées permettent de parler d’objectifs de collaboration et d’actions concrètes, mais pas de certifier un transfert généralisé. En Cantabrie, l’université indique que l’expérience des groupes a permis de définir des axes de collaboration avec les entreprises sous forme de projets, d’accords ou de cours, qu’elle souhaite renforcer. La même page désigne ACORDE comme sponsor. Il s’agit d’un signe de collaboration institutionnelle, mais les documents consultés ne détaillent ni produit industriel qui en serait issu, ni brevet attribué à la chaire, ni prototype ayant franchi une étape de validation. (Chaire Chip Cantabria).
Le cas de Malaga apporte la preuve d’une activité menée avec Imec et NanoIC Pilot Line. L’article décrit un atelier destiné à rapprocher les technologies et les participants de l’écosystème, mais ne fait état ni d’une conception de puce transférée, ni d’un essai de fabrication, ni d’un contrat d’exploitation. Il est donc raisonnable de classer cette activité comme échange et diffusion scientifiques et techniques, et non comme une preuve d’industrialisation. (Université de Malaga).
Il existe par ailleurs des initiatives de R&D sur les semi-conducteurs en dehors du réseau des chaires, utiles pour comprendre le contexte, mais qu’il ne faut pas lui attribuer. Le gouvernement a annoncé une aide directe de 8 millions d’euros à la Fondation IMEC Spain pour le programme UNICO I+D-IMEC Spain, qui prévoit des axes de travail sur l’optique plane à large bande et les systèmes microélectroniques de nouvelle génération. Il s’agit d’une mesure distincte, liée au développement d’un futur centre à Malaga ; la source ne la présente pas comme un résultat des Chaires Chip. (Plan de relance).
Le bilan le plus prudent est donc qu’il existe des activités et des collaborations documentées, ainsi que des financements et des initiatives de R&D connexes, mais que les sources examinées ne permettent pas d’affirmer que les 17 chaires ont produit des prototypes industrialisés ou donné lieu à des adoptions commerciales. Elles ne permettent pas non plus de conclure que ces résultats n’existent pas : l’absence de preuves dans ce corpus ne constitue pas une preuve d’absence. Une évaluation solide nécessiterait des données par projet sur le niveau de maturité technologique, les essais, la propriété intellectuelle, les partenaires industriels et l’utilisation ultérieure.
Du laboratoire à l’usine : les éléments nécessaires au passage à l’échelle
La recherche en microélectronique peut progresser sans que ses résultats soient prêts à être fabriqués. Entre la conception initiale et l’application industrielle, il faut généralement procéder à des validations, accéder à des procédés et équipements spécialisés, intégrer le résultat à des systèmes et disposer d’un cas d’usage justifiant l’investissement. La collaboration universitaire n’est qu’une étape du parcours, elle ne remplace pas ces phases. Les sources étudiées ne chiffrent pas l’accès des chaires aux installations et n’indiquent pas quels projets ont franchi chaque étape.
Les débats européens sur les semi-conducteurs soulignent l’importance de relier les financements et les capacités régionales aux besoins de l’industrie. Le Comité européen des régions rapporte une demande visant à renforcer le rôle des régions dans la stratégie et à orienter les financements vers leurs besoins industriels. Cette position confirme l’importance des écosystèmes locaux, mais n’évalue pas les résultats des Chaires Chip espagnoles et ne prouve pas que le manque de financement soit l’obstacle déterminant dans chaque cas. (Comité européen des régions).
Dans son analyse de la proposition baptisée Chips Act 2.0, la Fondation Innovación Bankinter relève notamment la fragmentation scientifique, la dispersion des ressources et le passage difficile de la R&D à la production. Il s’agit d’une analyse de contexte provenant d’une source secondaire, et non d’une évaluation officielle des chaires. Elle aide à formuler des questions, mais ne permet pas de transformer ces difficultés générales en diagnostic avéré pour chaque université ou projet espagnol. (Fondation Innovación Bankinter).
Pour passer des annonces de collaboration à des éléments comparables, une fiche publique par projet devrait préciser au minimum le partenaire industriel et son rôle ; l’objectif technique et le niveau de maturité ; les essais réalisés et leur lieu ; l’existence de prototypes, de brevets ou de conceptions ; et l’éventuelle concession de licence, vente ou intégration dans un produit. Ces renseignements permettraient de distinguer les résultats de recherche de ceux adoptés par l’industrie, sans réduire la réussite à un indicateur unique.
Financement et infrastructures : un contexte, pas des résultats des chaires
Le PERTE Chip comprend des dispositifs d’aide qui dépassent le cadre des Chaires Chip. Une source secondaire consultée fait état de plus de 71 millions d’euros consacrés aux capacités, aux infrastructures et aux équipements de salles blanches de micro- et nanofabrication et de centres de supercalcul. Ce chiffre donne un aperçu des investissements dans l’écosystème espagnol, mais ne doit pas être interprété comme un financement reçu par les chaires ni comme la preuve que leurs projets ont utilisé ces installations. (Evalue Consultores).
La distinction est importante : la présence d’une infrastructure dans le pays ne signifie pas que chaque équipe universitaire puisse y accéder dans des conditions adaptées, et l’attribution d’un budget ne prouve pas qu’une validation ou une fabrication a été menée à bien. Pour relier les investissements publics au transfert, il faudrait disposer de données sur l’utilisation des installations, les projets accueillis, les services fournis et les résultats associés. La capacité installée est un intrant, pas le résultat final du transfert.
Le cadre européen doit lui aussi être présenté avec précaution. Le règlement (UE) 2023/1781 établit le European Chips Act ; son existence inscrit les initiatives nationales dans un contexte européen de politique industrielle et technologique. (EUR-Lex). Les chiffres globaux d’investissement et les objectifs politiques rapportés par des sources secondaires ne mesurent pas les résultats des chaires ; ils ne sont donc pas utilisés ici pour déduire combien de projets ont atteint le stade de la fabrication.
Quelles conclusions les éléments disponibles permettent-ils de tirer ?
La documentation permet de formuler trois conclusions circonscrites. Premièrement, le programme a été conçu pour associer formation, recherche et collaboration entre universités et entreprises, avec un budget et une période définis. Deuxièmement, des exemples d’activité sont documentés par les établissements : un atelier réunissant des acteurs du secteur à Malaga et une chaire cantabrique parrainée par une entreprise et axée sur la microélectronique. Troisièmement, ces éléments ne suffisent pas à démontrer un transfert industriel à l’échelle de l’ensemble du réseau.
Pour l’ensemble des 17 chaires, la question des brevets, des prototypes ayant franchi des essais, des licences ou de la production reste ouverte. Ce n’est pas un jugement négatif sur leur travail, mais une limite des documents consultés. Pour conclure à une réussite ou à un échec, il faudrait examiner les rapports de chaque chaire et des résultats de projets vérifiables, en distinguant les résultats universitaires, les démonstrateurs et les produits effectivement déployés.
Pour l’instant, la conclusion la plus utile aux professionnels, aux chercheurs et aux responsables de l’action publique consiste à éviter deux excès : assimiler toute collaboration à un transfert effectif, ou supposer que l’absence de chiffres publiés signifie qu’aucun progrès n’a été accompli. Les éléments disponibles attestent une activité, mais ne permettent pas de quantifier ce qui est arrivé jusqu’à l’usine. La prochaine étape consisterait à publier des indicateurs comparables et traçables afin de savoir quels mécanismes fonctionnent et où persiste l’écart entre recherche et application industrielle.